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Un retour en arrière

Un retour en arrière - Joël Pacini

Une ballade en bicyclette m’avait conduit le long du canal Lachine, dans les alentours du Grand Montréal. Le printemps venait d’arriver. Les feuilles des arbres sortaient juste dans un camaïeu de verts. La piste cyclable passait devant d’anciennes usines du dix-neuvième siècle. Je m’arrêtais pour manger une glace pendant le trajet. L’après-midi entier était passé. Sur le chemin du retour, je croisais un ami que je n’avais pas revu depuis longtemps. Mon arrêt à discuter avec lui se prolongea. Il m’invita à souper dans son appartement.

Nous nous étions connus enfants, à l’âge de neuf ans. Habitant dans le même quartier, nous avions grandi ensemble. J’avais déménagé à mes vingt ans et je n’avais plus eu aucune nouvelle de lui et de son entourage jusqu’à maintenant. Il me raconta ses combats personnels, la vie ne l’avait pas épargné, ses joies, ses réussites, sa planification financière personnelle qui avait été très bien gérée. Les dix années pendant lesquelles nous ne nous étions pas vus n’avaient pas d’importance ; nous nous parlions comme si nous nous étions rencontrés la veille. Le bel appartement dans lequel il habitait était très peu meublé. Des coussins étaient étalés sur un tapis qui recouvrait la plus grande partie de la pièce. Mais où était la chambre à coucher ? Dans un coin, j’aperçus un matelas roulé. Des tatamis étaient posés contre le mur. Dans une petite étagère, des chemises et des pantalons de couleur claire étaient pliés. Quel dénuement ! Je ne m’attendais pas à une décoration aussi zen.

Il me servit du thé, évidemment. Pendant quelques instants, j’écoutais sa voix qui me remettait en mémoire tant de bons moments. Les souvenirs affluèrent, me transportant si longtemps en arrière. Je revoyais en pensée la rue qui nous avait servi de terrain de jeux. Les arbres qui la bordaient nous avaient abrités quand nous avions libéré le chien du voisin de son jardin, un molosse peu commode qui nous avait coursés. Un matin, je voyais l’autobus s’en aller, alors que je n’étais pas encore arrivé à l’arrêt. À l’arrière, mon ami me vit. Il hurla au conducteur, qui s’arrêta pour m’attendre. Je montais en m’excusant et en le remerciant. Le chauffeur m’expliqua que mon ami lui avait menti, il avait prétexté un malaise soudain qui avait disparu dès que j’étais apparu. Je lui reparlais de ce moment. Il fut surpris que je me le rappelle encore. Lorsque je le quittais pour rentrer chez moi, je me sentais heureux et léger. Ce n’est pas tous les jours que je retrouve un si bon ami.

À propos de l’auteur :

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Vous aimez manger, vous serez inspiré sur mon blogue. De géneration en géneration, on m’a légué: non seulement la passion de la nourriture mais aussi le talent de cuisiner. Et c’est une façon de faire les choses - cuisiner au quotidien - que je lègue à ma femme…et à mes enfants. Alors oui, je parlerai probablement de cuisine sur blogue mais ausis d’une variété de sujets qui m’animent. Bienvenue dans mon espace en ligne!